Lohr Kidul

Louisa Vidal et Cloé Rousset

Pièce monumentale de batik et de broderie sauvage, à quatre mains, élaborée et réalisée au sud de l’île de Java, pour le concours Artextures 2018/2019

Dans les mythes javanais, la cité humaine est construite entre le Nord (Lohr) et le Sud (kidul), entre le volcan et la mer. L’humain, au milieu de ces deux pôles, tente de trouver un équilibre entre des forces antagonistes. Au nord, la montagne majestueuse et sereine renferme la folie des humains qui explose parfois pour se répandre en un chaos dangereux, jusque dans la mer du sud. Au centre de l’organisation du peuple, le sultan impose une harmonie. Son autorité unifie le monde en un ensemble rassurant, composé de repères cardinaux et de traditions répétitives.

A l’instar des jeunes générations indonésiennes, avides de liberté et de musique punk, nous avons voulu détricoter ces motifs de palais inlassablement tracés à la cire chaude depuis des siècles.

Nous avons choisi de nous immiscer dans cette structure, et de jouer avec cette forme rythmique, risquant peut être de réveiller la colère des forces marines.

Alors le motif se déploie, les fins tracés du batik explosent. La couleur d’un bleu profond vient sertir le dessin et noyer le blanc du tissu, comme aspiré par la puissance de l’océan. Le rythme se fragmente, se déstructure en un amoncellement de formes hybrides, d’influences généreuses ou maléfiques. Un léger glissement de terrain s’opère, où les traces de traditions ancestrales se délitent en un magma merveilleux de fibres glanées et suturées entre elles.

Des générations se suivent, les unes brisent les codes, repoussent les limites, les autres s’attachent à mettre en valeur des empreintes réconfortantes. Et le mouvement de balancier tangue sans cesse vers le point d’équilibre entre l’ordre et le désordre.

Entre l’ennui d’un schéma répété sans cesse et l’émancipation d’un chaos sauvage, la foule humaine cherche la fine tension, le tissage d’harmonies libres et organiques.

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