Mata Hari,
source du jour

ARTS TEXTILES

A l’abri dans le tumulte de la toison ténébreuse, le bouton de soie rose réclame l’attention. Parfois adulé puis oublié, parfois torturé ou mutilé, le clitoris semble affaibli par l’histoire médicale. Pourtant, à y regarder de plus près il n’est pas seulement cet organe minuscule mais la clef de voûte de la vulve toute entière. Il est le protecteur du vagin, cette poche de douceur, matrice sublime du monde humain.

Dans les croyances antiques on pensait que seule une femme qui a jouit peut être fécondée. On accordait alors beaucoup d’importance au plaisir féminin que procure l’excitation du clitoris. Mais les approches plus productivistes de l’Europe du XVIème siècle dénigrèrent cette théorie et ce fut le début d’une sombre période pour le corps des femmes. De l’inquisition qui prétendait que le plaisir sexuel féminin était démoniaque aux adeptes de Freud qui le considérait comme puéril, l’organe de la jouissance féminine se perdit dans un tabou cruel.

Et pourtant cet organe est un des plus sensible du corps humain, il n’est pas seulement cette petite protubérance entre les deux lèvres supérieures mais tout un tissage de terminaisons nerveuses qui entourent l’entrée du vagin. Il en est le portail.
Ce n’est ni un hasard, ni une erreur si la couche matricielle est toute entière embrassée par cet organe du plaisir. N’est ce pas dans la joie que nous sommes vivants ?
N’est-ce pas en parfaite logique que la jouissance donne l’envie de se reproduire ?
De quelle vie hériteraient les âmes nouvelles si elles ne naissaient que de la douleur de l’enfantement ?

Nous voulons rendre les honneurs qui reviennent à la vulve dans son ensemble.
Nous voulons adorer mata, la mère vénérée hindoue, dont le nom parcourut la planète entière. En indonésien il devint mata (l’œil) mata hari (la source du jour, le soleil) mata air (la source d’eau) et d’autres déclinaisons encore.
En Europe il devint la matrice, la mère. Mata c’est aussi la terre nourricière abondante et sensible. C’est un tout inaliénable, la protection, la jouissance, la reproduction.
C’est un universalisme dont certains mots racontent la force et dont certaines sciences nient l’évidence.

 

 

Nous voulons broder les lettres de noblesses de cette déesse bafouée, tisser un hommage à la source de vies joyeuses et accomplies.

Cette pièce a gagner le concours Artextures/Bernina 2017

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